Thélyson Orélien : « aucune phrase » de son roman n'a été écrite par une IA, mais il reconnaît des plagiats
Trois semaines après les accusations qui ont secoué la rentrée littéraire, l'auteur de « C'était ça ou mourir » sort du silence. Il admet des plagiats anciens mais nie avoir confié l'écriture de son roman à une intelligence artificielle. Une affaire qui pose une vraie question : peut-on prouver qu'un texte a été écrit par un humain ?
Le 13 octobre 2026, Thélyson Orélien a rompu le silence. Dans un texte intitulé « Ce roman que j'ai écrit », transmis à l'AFP et repris par de nombreux médias dont France 24, l'écrivain canado-haïtien répond aux accusations qui le visent depuis le 21 septembre. Sa défense tient en une phrase : selon lui, aucune phrase de son livre n'a été créée par une machine.
Un premier roman au succès fulgurant
« C'était ça ou mourir » raconte l'exil d'un migrant haïtien jusqu'au Québec. Publié par Boréal au Canada en mars 2026, puis par Grasset en France en août, ce premier roman a enchaîné les distinctions : prix du Roman Fnac, prix Méduse, prix Première Plume. Il figurait aussi dans les premières sélections des grands prix d'automne, Goncourt compris, et s'est vendu à plus de 65 000 exemplaires.
Tout part d'un détecteur d'IA
Le 21 septembre, un compte anonyme sur X, baptisé « Balance ton Claude », affirme que le roman a été écrit presque entièrement par une intelligence artificielle. Sa preuve principale : le verdict de Pangram, un logiciel américain qui estime la probabilité qu'un texte ait été produit par une IA. Quelques jours plus tard, le chroniqueur Samuel Fitoussi reconnaît faire partie du collectif à l'origine du compte.
Les conséquences sont immédiates :
- les Éditions du Boréal suspendent la promotion du livre au Canada ;
- le 25 septembre, l'Académie Goncourt retire le roman de sa sélection, au nom de l'intégrité du prix ;
- le Salon du livre de l'Estrie, au Québec, annule la venue de l'auteur, qui devait en être l'invité d'honneur ;
- le 27 septembre, Thélyson Orélien interrompt sa tournée en France et rentre au Canada.
Le roman reste en revanche parmi les neuf livres de la deuxième sélection du prix Renaudot.
Des plagiats reconnus, l'IA niée
Une seconde accusation s'est ajoutée à la première : des plagiats dans des textes publiés au Canada au début des années 2010. Le quotidien La Presse a notamment montré qu'une de ses chroniques de 2013 était la traduction à peine remaniée d'un article du Philippine Star. Sur ce point, l'auteur reconnaît les faits et présente ses excuses.
Sur l'IA, en revanche, il ne cède rien. Il explique avoir commencé le roman à l'automne 2017 au Québec, terminé un premier jet en 2019, et n'avoir utilisé des outils numériques que pour ses recherches, par exemple sur des expressions étrangères. Il dénonce un lynchage médiatique et du harcèlement raciste, tout en jugeant la critique légitime. Il n'a toutefois pas montré de brouillons ni de versions intermédiaires à l'appui de ces dates.
Peut-on vraiment détecter un texte écrit par une IA ?
C'est le cœur de l'affaire. Un détecteur comme Pangram ne fournit pas une preuve, mais une probabilité. Et ses erreurs sont connues :
- la romancière Sophie Jomain a soumis à Pangram un de ses livres de 2009, écrit bien avant ChatGPT : verdict, 94 % d'IA ;
- l'écrivain Bernard Minier avait raconté en avril qu'un extrait de son roman avait été jugé entièrement écrit par une IA ;
- le cofondateur de Pangram avait lui-même écrit au printemps que son outil ne devait jamais être l'arbitre final.

Ces logiciels repèrent surtout une écriture régulière, fluide et prévisible. Un style très travaillé, ou passé entre les mains d'un correcteur, peut donc ressembler à celui d'une machine. À l'inverse, un texte généré par une IA puis retouché à la main peut passer inaperçu.
Ce qu'il faut en retenir
Aujourd'hui, aucun outil ne permet d'affirmer avec certitude qu'un texte a été écrit par une IA. Les seules preuves solides restent les traces du travail : brouillons, versions successives, historique des fichiers. C'est précisément ce que contrôlent les labels « 100 % humain » apparus cette rentrée, comme le Label Création Humaine repris par Librinova ou celui des éditions de l'Observatoire.
Le conseil vaut pour tout le monde, auteurs, étudiants comme professionnels : gardez vos versions. Un dossier de brouillons datés, ou l'historique des versions d'un document Word sur OneDrive ou d'un Google Docs, peut un jour faire la différence. Vous ne savez pas comment activer cet historique ou retrouver une ancienne version d'un fichier ? Contactez-nous, nous vous montrons comment faire.
Sources
- France 24 - « Aucune phrase de ce livre n'a été créée par IA », déclare Thélyson Orélien (13/10/2026)
- Le Quotidien - Thélyson Orélien reconnaît avoir plagié, mais nie avoir utilisé l'IA
- Livres Hebdo - La polémique bouleverse le monde du livre
- Noovo - L'Académie Goncourt retire le roman de sa sélection
- TelQuel - Une polémique qui implique bien plus que le plagiat
Illustrations : SOS Informatique.
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